dimanche 17 juillet 2011

Le burnout ou épuisement professionnel (1) Une dépression pas comme les autres ?


Souvent présenté comme une métaphore empruntée au domaine de l'aérospatiale – le burnout est l'accident qui survient lorsque tout le carburant a été consommé et que la machine est en surchauffe – le burnout syndrome ou syndrome d'épuisement professionnel fait l'objet d'une littérature foisonnante, au sein de laquelle il devient difficile de se repérer.

En pratique, c'est le MBI – Maslach Burnout Inventory qui semble être la classification et l'outil de diagnostic ayant le plus de succès. En 1996, la psychologue américaine Christina Maslach a en effet publié un manuel qui propose une classification des symptômes propres au burnout. Largement diffusé et utilisé depuis lors, le MBI permet, via un questionnaire en 29 items, de détecter et d'évaluer les symptômes du burnout, un syndrome conçu de façon tridimensionnelle :

- l'épuisement émotionnel se manifeste notamment par la perte de motivation et le sentiment d'être à bout de forces, « vidé » intérieurement

- la dépersonnalisation - c'est-à-dire le fait de perdre le sentiment d'être soi-même, et conséquemment d'avoir la capacité d'entrer en interaction avec les autres - se traduit par des attitudes négatives vis-à-vis d'autrui

- la réduction de l'accomplissement personnel correspond au sentiment de ne plus être à la hauteur des tâches demandées, donc à une perte de l'estime de soi, à une dévalorisation de sa propre compétence.

Ces trois dimensions sont analysées et mesurées séparément. Cette mesure externe, par les symptômes visibles et subjectivement décrits par les travailleurs eux-mêmes, est le résultat de décennies d'études principalement consacrées aux métiers du soin. En effet, c'est au psychiatre américain Freudenberger que l'on attribue généralement la paternité du concept de burnout (il compare les individus souffrant de burnout à des maisons incendiées dont il ne reste que les façades). Ayant observé des bénévoles impliqués dans des free clinics accueillant les toxicomanes, il aurait ainsi le premier décrit l'épuisement émotionnel et la perte progressive d'empathie avec les patients que ces travailleurs subissaient. Les manifestations physiques – persistance de migraines, syndromes grippaux par exemple – étaient également au coeur de ses observations. Si l'on veut donc ébaucher, à grands traits, un tableau global des descriptions du burnout, on peut retenir cinq points majeurs :

- une fatigue émotionnelle intense

- une présence de symptômes physiques différant selon les individus

- un lien de cause à effet direct entre ces symptômes émotionnels et physiques et l'activité professionnelle

- une absence de souffrance psychopathologique antérieure chez les individus concernés, considérés jusqu'à la survenue du burnout comme des personnes en bonne santé

- une performance au travail diminuée, et ce d'autant plus que les symptômes du burnout incluent des attitudes négatives face à l'environnement professionnel, enclenchant ainsi un cercle vicieux.

Dès lors, on le voit, les symptômes du burnout sont à bien des égards difficilement distinguables de ceux de la dépression ou de la fatigue chronique : épuisement général, fatigue émotionnelle, perte d'intérêt pour les activités qu'on exerce habituellement, difficultés de concentration etc. Se proposant de contribuer à la distinction entre burnout et dépression, une équipe de recherche néerlandaise a publié en 2010 dans la revue Neuropsychiatry and Clinical Neurosciences les résultats d'une observation comparative : 13 patients diagnostiqués comme souffrant de burnout et 13 patients en bonne santé ont fait l'objet de mesures par électroencéphalogrammes. Le résultat est que « les patients souffrant de burnout montrent clairement lors de l'encéphalogramme des anomalies qui ne correspondent pas aux biomarqueurs habituellement rencontrés dans les cas de dépression ou de syndrome de fatigue chronique, mais semblent plutôt être une combinaison des deux. ». En d'autres termes, le burnout correspond à un état physique et neurophysiologique singulier : il ne serait donc pas une dépression « comme les autres », mais un syndrome spécifique, engendré par des facteurs spécifiques – en l'occurrence la souffrance au travail.

Un autre résultat pose question : alors que les individus souffrant de burnout rapportent fréquemment des troubles de la concentration, aucune mesure n'a ici permis de montrer une différence significative de la capacité d'attention entre les individus en bonne santé et ceux souffrant de burnout. Pour les auteurs de l'étude, il ne s'agit certainement pas ici de mettre en doute le sentiment de perte de concentration chez les individus souffrant d'épuisement professionnel, mais plutôt d'inviter à prolonger la recherche, en suggérant que ce qu'on a cherché à mesurer jusqu'à présent ne correspond visiblement pas à ce qui est réellement en jeu pour les individus concernés. En effet, la qualité de la concentration sur une tâche dépend de facteurs variés – temps, difficulté de la tâche, environnement physique immédiat par exemple. Les manifestations spécifiques aux burnout restent donc encore largement à explorer et à comprendre.

Crédit photo : Rookuzz

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