mardi 4 mai 2010

Veille Documentaire du 27 Avril 2010

Bonjour à tous,
Cette semaine, notre chronique s’est focalisée sur des articles et interviews décidément très riches en contenus.

- La méthode du « name and shame » initiée par Xavier Darcos et consistant à pointer publiquement les entreprises pour favoriser la prévention de la santé au travail continue à verser beaucoup d’encre. Une interview publiée par le Figaro a plus particulièrement capté mon attention. Sous un angle juridique, deux avocates évoquent la technique employée par le ministère et font le point. Souvent, les tentatives pour classifier l’engagement des entreprises dans cette démarche ont été jugées précipitées. Au final, les conséquences en terme d’image ont fait beaucoup de dégâts, les médias caractérisant à la hâte les entreprises listées en rouge de « ne rien faire » et de se « fichent du stress de leurs salariés ». Pourtant, aucun fondement légal n’est à l’origine de la classification du gouvernement. Ce constat dressé, le questionnement des deux auteurs devient hautement pertinent : « Peut-on souhaiter (en outre) que nos ministres fixent des règles en dehors de l'adoption de tout texte réglementaire? Les entreprises listées en rouge, en l'absence de fondement juridique à l'établissement de la liste, semblent à première vue privées de toute contestation. La sanction par l'image échapperait-elle à tout contrôle juridictionnel? »…
- Le dernier numéro de Santé et Travail vient de paraître. L’un des articles, venant en écho à notre pratique, pourra piquer votre intérêt. Il peut être lu comme une mise en garde contre l’instrumentalisation et les limites des dispositifs de type accompagnement individuel en entreprise. Couramment utilisés aujourd’hui dans le monde du travail, souvent demandés par les directions, il est cependant à manier avec beaucoup de précaution. Les risques encourus par la présence une telle approche ne sont en effet pas négligeables : tentatives par certaines entreprises de non respect des codes déontologiques et de l’éthique se retournant contre le salarié ou encore frein à la transformation organisationnelle à l’origine du mal-être sont connus. Ces dispositifs peuvent aussi, du fait de fragilités individuelles trop mises en avant, être utilisés à des fins de camouflage des mauvaises conditions de travail. Dans ces conditions, le risque est que les acteurs impliqués tel que les CHSCT se sentent fortement acculés. Dépossédés de leur moyens, ils peuvent alors se tourner vers des outils scientifiques dans l’objectif d’obtenir des « preuves irréfutables ». Mais malgré tout ces efforts de « démonstration scientifique », les exemples d’entreprises ayant eu recours à des batteries de tests et continuant à vivre dans des environnements perturbés foisonnent car « une chose est d'avoir la preuve que certaines formes d'organisation du travail sont pathogènes, une autre est de convaincre qu'il faut les transformer et de savoir comment ».
- L’ouvrage « pendant qu’ils comptent les morts » vient de paraître. Brigitte Font Le Bret, psychiatre et co-auteur du livre répond aux questions du quotidien Marianne. Selon elle, le recours au questionnaire pour prévenir les risques psychosociaux ne peut avoir qu’une portée limitée car « il s'agit encore une fois de mettre l'employé seul face à un papier pour remplir des verbatims » tandis qu’il est nécessaire, bien au contraire, d’établir « un dialogue entre le salarié et ses supérieurs ainsi que ses collègues pour libérer la parole. Qu'il n'y ait pas de non dit. »
- Le lancement d’un programme de formation en ligne visant à prévenir le stress vient d’être annoncé à l’Oréal. Plutôt ciblé sur des problématiques telles que le manque de confiance en soi ou le sentiment de ne pas être reconnu par la hiérarchie, il identifie les réponses adaptées face aux sources de stress. Cette méthode précise Maite Amostegui, « ce n’est pas l'arme unique de L'Oréal contre le stress mais un outil qui vise à prévenir plutôt qu'à guérir».
- Pour terminer, un article qui mérite vraiment le détour. Afin de mieux comprendre le phénomène des suicides au travail et de s’extirper de l’habituel clivage entre fragilité individuelle et responsabilité de l’entreprise, prenez le temps de lire l’interview d’Eric Hamraoui sur le concept de « travailleur dédoublé" (Entreprise et Carrières n° 995). Lumineux !

Bonne lecture à tous !


V.B

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