vendredi 7 mai 2010

Veille Documentaire du 04 Mai 2010

Bonjour à tous,

Voilà quelques semaines que je n’avais pas rapporté un nouveau cas de suicide ou de tentative de suicide à France Télécom. Mais malgré les actions mises en place et un accord sur le stress devant être soumis à signature le 6 mai selon le Daily Bourse, mardi dernier, un homme de 28 ans, salarié à France Télécom de Toulouse, a tenté de se donner la mort en se jetant d’un pont. Transporté dans un « état grave » par les urgences il n’avait pas, selon un porte-parole, de problèmes connus avec ses collègues ou ses supérieurs hiérarchiques.
Ce suicide est-il une conséquence du travail ? Cette question, introduisant l’article de Philippe Davezies dans la revue santé au travail de 2007, reste toujours très actuelle. Bien souvent, aux drames et difficultés personnelles des salariés viennent s’ajouter les problèmes professionnels. Les responsabilités imputables à l’organisation du travail et celles liées à la vie privée sont alors difficilement mesurables. Pourtant nous dit l’auteur, cette intrication des responsabilités doit déjà nous interroger. En tant que « opérateur de santé », la responsabilité de l’entreprise est d’assurer une fonction de soin, le travail étant « une ressource précieuse pour passer une période de difficultés personnelles ». Par conséquent, en cas de suicide, le respect ou non de ce contrat mérite pleinement d’être discuté.
Autre interrogation -souvent insistante lorsqu’un nouveau suicide est relayé par la presse-, cette comptabilisation de chaque nouveau suicide ne nous fait-elle pas oublier la dimension humaine de l’acte en le réduisant à un seul et unique chiffre ? Un élément de réponse nous est donné par Brigitte Le Bret, co-auteur de l’ouvrage « Pendant qu’ils comptent les morts » : « En tant que psychiatre, je crois qu’un suicide, lorsqu’il se produit, se produit à 100%. (…) Les chiffres sont mêmes nécessaires à un moment donné pour permettre aux hommes politiques ou aux citoyens de se saisir de ce problème social et d’apporter leur soutien à sa résolution »…
Mais prendre le problème des risques psychosociaux à bras le corps n’est pas chose aisée. Dans un article du Journal de l’Environnement, Danièle Linhart insiste sur les résistances culturelles des organisations, celles-ci prenant racine dans le « management moderniste » apparu dans les années 90. Privilégier les préventions de type secondaire, c’est alors faire l’impasse sur un discours managérial valorisant l’autonomie et la responsabilité mais en totale contradiction avec les conditions de travail réelles. Selon Alain Lempereur, professeur titulaire de la chaire Négociation et médiation à l’Essec, cette injonction paradoxale doit prendre fin : «les responsables doivent faire plus confiance aux salariés, accepter de déléguer des tâches et favoriser la performance sociale et pas seulement financière des entreprises. La co-construction de la prise de décision est une révolution».
Cette privation d’autonomie et d’absence de marge de manœuvre peut pourtant générer des conséquences très graves sur la santé de l’individu. En effet, si l’on peut travailler sans s’engager et parvenir à réaliser une activité sans pouvoir lui attribuer un sens c’est aussi, nous dit Boris Cyrulnik, « le plus sûr moyen de mourir d’ennui (…) et d’évoluer vers la dépression d’épuisement ». Le remède ? Créer des situations pionnières faisant appel à la créativité de chacun !

Bonne lecture à tous !


V.B


Revues de presse :
Tentative de suicide à France Télécom : Le Nouvel Obs', le 20 Minutes

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